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Joyeux temps des fêtes!... Ou pas?

Mis à jour : 18 déc. 2018


Le temps des fêtes arrivent à grand pas, synonyme de joie, partage et moment en famille pour plusieurs. C'est aussi l'un des moments de l'année où, en Occident, l'on prend le plus de temps de penser à autrui avec de petits gestes. Aujourd'hui, j'aimerais que, le temps de lire cet article, vous pensiez à cet instant où quelqu'un à pris quelques secondes ou minutes et que cela vous a mis le sourire aux lèvres.

Tout d'abord, petite mise en contexte. Je vous écris du Québec. au Canada. Le système de santé est fait de manière hiérarchique. Si vous avez besoin de soin (non urgent), vous allez soit à la clinique médicale ou au CLSC. Si vous avez besoin de soins plus spécifiques, vous êtes référés à l'hôpital où un spécialiste vous prendra en charge. Toutefois, étant donné qu'il y a une liste d'attente pour accéder aux soins spécialisés, vous êtes classés selon différents éléments et êtes positionnés au travers de cette liste. Dans le cas où votre situation requiert une intervention d'urgence, vous pouvez vous présenter à l'urgence directement et serez classé, suite à une évaluation sommaire, dans une liste d'attente pour recevoir des soins. Il n'est pas rare de voir des gens ayant attendu près de 24h (parfois plus) avant de recevoir des soins.


Pourquoi je mentionne ces éléments? Car tout est rendu très protocolaire. Ici, en aucun cas le personnel médical n'est à blâmer, ils font leur possible. Je pense que l'un des métiers très respecté dans la province est celui d'infirmier/infirmière, car tous reconnaissent l'immense charge de travail sur leurs épaules. Le côté protocolaire est imposé par de plus grandes institutions, majoritairement le ministère de la santé. Durant la dernière décennie, les objectifs les plus récurrents ont été l'augmentation de la productivité, la diminution des coûts associés aux soins, la centralisation des soins et l'organisation de la hiérarchisation dont je vous mentionnais tout à l'heure. Ce langage se réfère beaucoup plus à un chef d'entreprise voulant rentabiliser cette dernière que quelqu'un apportant des soins à un patient. D'un côté, on parle argent, de l'autre, humain.

Voulant apprendre plus l'interne du système, j'ai interviewé une infirmière en soins hospitaliers qui préfère garder l'anonymat. Nous avons majoritairement discuter de tout ce qui entoure la relation patient-médecin. L'une des choses qu'elle m'a mentionné de prime abord, c'est l'évolution de la relation entre les deux au courant des dernières années. Alors que nous sommes habitués à un médecin expert qui décide de tout notre processus médical, aujourd'hui, l'approche mise de l'avant est celle de partenariat entre le médecin traitant et le patient. C'est un travail d'équipe plus qu'une décision d'autorité. C'est à travers cela que tout le consentement aux soins se situe. En effet, au Canada, on reconnaît que la volonté du patient de recevoir des soins priorise sur ce que le médecin veut octroyer comme soins. Toutefois, elle reconnait le manque d'éducation de la population sur ce changement de relation entre le médecin et le patient ainsi que tout ce qui entoure les droits des patients dans le système de santé. D'autre part, même si c'est la pratique que l'on conseille d'utiliser, encore beaucoup de médecin utilise l'ancienne manière de fonctionner.


En un même ordre d'idée, cette infirmière m'a mentionné tout le partenariat entre les hôpitaux et les CLSC (Centre Locale de Services Communautaires) ainsi que les rôles et responsabilités de chacun qui diffèrent plus que ce que l'on croit. Alors que les hôpitaux sont principalement des centre de soins médicaux spécialisés, les CLSC sont un mélange de soins médicaux et de services sociaux de première ligne. Ainsi, contre la croyance populaire, les services des CLSCs ne sont pas complètement offerts dans les hôpitaux.


C'est pourquoi, si je reprends une expression que l'infirmière à mentionner, il arrive que des patients «tombe entre deux chaises». Étant donné que les soins des patients sont octroyés selon des prescriptions, si personne ne vous a prescrits à un certain service, vous ne pourrez le recevoir. Or, dans un hôpital, cette responsabilité est partagée avec tout le personnel médical qui est en contact avec le patient. Si tout le monde se renvoie la balle et que le patient n'est pas au courant qu'il peut demander ces services, il n'y aura point accès. Bien que rare, ce sont des réalités qui ne sont pas inconnues dans le système. Ici encore, on ne considère pas le côté humain du patient.

Voilà où Jamil entre en ligne de compte. Attention. Mon but ici en vous racontant un peu de lui n'est pas de le victimiser à outrance. Il ne voudrait pas de votre pitié, mais accepterait votre aide. En effet, il est un réfugié syrien en début vingtaine qui à été blessé par balles à Alep il y a 4 ans. Depuis, il a reçu des soins en Turquie et a immigré ici en espérant terminer de guérir, étant donné que deux de ses plaies ne se referment pas. Il habite présentement à Sherbrooke (détail important pour plus tard). 


Lorsqu'il est venu ici, il a été rapidement pris en charge à l'hôpital Hôtel-Dieu de Sherbrooke. Il y est resté un peu plus de deux ans. Durant ces deux années, il a subi près de 15 opérations pour ses blessures, en vain. À court de ressources, son médecin traitant lui a proposé d'amputer sa jambe. Or, même s'il était en chaise roulante étant donné la douleur de ses plaies, il n'a pas perdu la sensibilité et l'utilité de cette jambe, bien qu'elle s'est atrophiée au courant des années. Suite à son refus, qui a été le seul qu'il a donné au courant de ses années à l'hôpital, il a été expulsé de l'hôpital étant donné qu'il «refuse» les soins qu'on veut lui octroyer. Il se retrouve donc avec une chaise roulante manuelle et une infirmière qui vient lui changer ses pansements quotidiennement. Rien de plus.


Cependant, vous vous rappeler ce lien qu'il devrait y avoir entre médecin et patient? C'est celui-là qui aurait dû aider dans la situation et qui aurait empêcher sa sortie d'hôpital. Le refus à une pratique précise n'empêche aucunement un patient à recevoir de soins. C'est dans ses droits. Et ils n'ont pas été respectés dans le cas de Jamil. Lorsque rencontré, une des choses qui est ressortie, c'est son désir de guérir et de pouvoir se créer une vraie vie ici, au Canada. Il est désespéré. À plusieurs reprises, il m'a mentionné les mauvais traitements qu'il recevait ainsi que la manière dont son médecin lui faisait ressentir son infériorité. Il avait demandé à être transférer et à recevoir son dossier médical, en vain. Il n'était qu'un incompétent qui ne savais pas ce qui pouvait être bon pour lui.

Sans qu'on me l'ait dit explicitement, j'ai pu comprendre que l'une des raisons qui explique la sortie forcée de l'hôpital de Jamil est le fait qu'il occupait un lit depuis trop longtemps. D'autres personnes nécessitent des soins et le fait qu'on ne savait pas comment le soigner complètement impliquait qu'il prenait la place que d'autres pourraient prendre. Je comprends le côté plus économique et capitaliste qu'il est plus rentable de soigner plusieurs patients qui ont besoin de soin à court terme plus que quelqu'un qui nécessite beaucoup de temps, d'énergie et de ressources. 


Mais est-ce réellement la manière d'analyser une situation alors qu'on parle de la vie de quelqu'un? Notre système de santé est dirigé comme une grosse entreprise où lorsque l'on aborde la vie des gens, on parle de perte nécessaire ou encore de dommages collatéraux. Si quelqu'un souffre de ces décisions, on se convainc que c'est pour le bien de tous, on se ferme les yeux et on passe au prochain numéro. On donne accès à des soins alternatifs à ces gens; CHSLD, soins à domicile, dans l'optique de leur faire voir que l'on s'occupe encore d'eux. Or, la réalité est tout autre. Lorsqu'un patient sort de l'hôpital, il n'y a plus de médecin qui mette une grande partie de leur énergie pour améliorer leur situation. Dans le cas de Jamil, il n'y a plus personne qui veille à trouver de nouvelle manière de le guérir. Il est rendu un numéro de dossier dans le système et l'un des patient d'un médecin qui en a déjà trop à sa charge. Perte d'espoir. Jamil a juste accepter sa situation et le fait qu'il n'a pas présentement le pouvoir de changer les choses.

Je ne ferai pas de conclusion, je vous laisse la faire. Par contre, j'aimerais que vous reteniez que vous avez des droits, et donc, un pouvoir de changer les choses à certains moments. Restez informé(e)s.


Pour ce qui est de Jamil, comme je l'ai mentionné tout à l'heure, il habite à Sherbrooke, une ville avec de grandes rues assez à pic et il a seulement une chaise roulante manuelle. Résultat? Il est confiné chez lui. Présentement, une campagne de sociofinancement se déroule pour lui fournir une chaise roulante électrique que l'hôpital refuse de lui donner, car ce n'est pas «nécessaire». Si cela vous intéresse de donner à sa cause juste avant le temps des fêtes, je vous laisse le lien ci-dessous.


Joyeux temps des fêtes, espérons-le!


Laïus


https://www.gofundme.com/jamilonwheels

https://youtu.be/7VO37iELVL8

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